Les Fléaux qui s'abattirent sur Pharaon
et les Siens
Pharaon et son cercle étaient si profondément plongés dans
leur polythéisme et leur idolâtrie, à savoir 'la religion
de leurs ancêtres', qu'ils n'envisageaient aucunement de
pouvoir y renoncer. Même les deux principaux miracles accomplis
par Musa, c'est-à-dire sa main apparaissant guérie de la
maladie qui la frappait auparavant, et la transformation
de son bâton en un serpent, ne suffirent pas à ébranler
leurs superstitions. De plus, ils exprimèrent leur négation
ouvertement:
"Et ils dirent: 'Quel que soit le miracle que tu nous
apportes pour nous fasciner, nous ne croirons pas en toi'
" (Surah al-A'raf:132)
A cause de leur comportement, Allah fit s'abattre sur eux
séparément plusieurs fléaux 'surnaturels' pour leur faire
goûter aux tourments de ce monde, précédant bien évidemment
les tourments éternels de l'Au-Delà. Le premier malheur
a consisté en une sécheresse et une raréfaction des récoltes.
A ce propos, le Coran précise:
"Et Nous avons éprouvé les gens de Pharaon par des
années de disette et par une diminution des récoltes afin
qu'ils se rappellent" (Surah al-A'raf:130)
Les Egyptiens avaient basé leur système agricole sur le
fleuve Nil et, par conséquent, ils n'étaient pas soumis
aux aléas climatiques. Mais un désastre inattendu survint
à cause de l'arrogance et de l'orgueil de Pharaon et de
ses proches à l'égard d'Allah et de leur rejet de Son Prophète.
Ainsi le niveau des eaux du Nil se mit-il à baisser sérieusement,
et les canaux d'irrigation issus du fleuve se montrèrent
défaillants dans l'apport d'eau aux cultures. De plus, une
extrême chaleur causa le dessèchement des récoltes. Les
Egyptiens furent très ébranlés car ils considéraient le
fleuve Nil comme étant infaillible. Cette sécheresse éprouva
aussi Pharaon, qui avait pour habitude de s'adresser à son
peuple en ces termes:
"… Ô mon peuple! Le royaume d'Egypte ne m'appartient-il
pas ainsi que ces canaux qui coulent à mes pieds? N'observez-vous
donc pas?" (Surah az-Zukhruf:51)
Cependant, au lieu de tirer des enseignements de cette
situation, Pharaon et ses proches pensèrent que Musa et
les Enfants d'Israël étaient la cause de ces malheurs, aveuglés
qu'ils étaient par leurs superstitions. Ils ne firent en
fait que s'enfoncer dans leur insolence, et d'autres malheurs
allaient suivre; Allah leur envoya une série de désastres
énumérés dans le Coran:
"Et Nous avons envoyé sur eux l'inondation, les sauterelles,
les poux, les grenouilles et le sang, comme signes explicites.
Mais ils s'enflèrent d'orgueil et demeurèrent un peuple
profondément pécheur" (Surah al-A'raf:133)
Tous ces phénomènes révélés dans le verset ci-dessus sont
des miracles de Dieu. Notre Seigneur a pu ou non donner
lieu à ces miracles au moyen de causes particulières. Dieu
sait de quelle manière ces miracles se sont produits.
Cependant, nous devons clarifier que très probablement
notre Seigneur n’a pas apporté ces miracles de sorte que
ceux qui en témoignèrent n’avaient d’autres choix que de
se tourner vers la foi. C’est pourquoi le célèbre savant
islamique Bediuzzaman Said Nursi dit: "Ce
monde est une arène d’épreuves. La porte est ouverte à la
raison, mais le libre arbitre reste autonome." (Les
Paroles, la 24ème parole) Dans une autre parole,
Bediuzzaman explique que l’une des sagesses derrière le
fait que peu de personnes voient les miracles permet aux
hommes d’utiliser leurs libres arbitres afin de choisir
de voir la vérité ou de s’en détourner, sans que rien ne
leur soit imposé:
Premier point : Puisque la croyance
et la responsabilité sont un test, une épreuve, une concurrence
au sein des limites de la volonté de l’homme, les questions
profondes, obscures, nécessitant une étude et une expérience
soigneuses ne peuvent être évidentes. Elles ne doivent pas
être irrésistibles au point que tout le monde les affirme
bon gré mal gré. Car dans ce cas, les Abu Bakrs peuvent
monter aux plus hauts sommets et les Abu Jahls descendre
aux plus bas fonds. S’il n’y a pas de volonté, il n’y a
pas de responsabilité. C’est en raison de ce mystère et
de cette sagesse que les miracles ne se produisent que rarement.
(Les Rayons, le cinquième rayon)
Ces phénomènes basés sur cette sagesse, qui se traduisent
par des miracles, ont lieu de telle sorte que les témoins
peuvent les expliquer avec une seconde logique. (Dieu sait
mieux.) Par exemple, en ce qui concerne le fléau du sang,
Dieu a peut-être transformé les eaux du Nil sans cause apparente.
Ou Il a pu utiliser la guerre comme un moyen: le sang alors
versé durant cette guerre se déversant dans le fleuve. Le
fleuve a pu sembler rouge aux spectateurs. Certains ont
pu attraper des maladies liées au sang. Toutefois, toutes
ces catastrophes qui nous sont révélées dans le Coran furent
infligées au peuple de Pharaon en tant que miracle de Dieu.
Ces plaies qui firent souffrir l'Egypte sont également
décrites dans l'Ancien Testament, en accord cette fois-ci
avec le Coran:
'Et il y eut du sang sur toute la terre d'Egypte'
(Exode, 7:21)
'Et si tu refuses de les laisser partir, eh bien Je
répandrai des grenouilles à toutes tes frontières: et
le fleuve regorgera de grenouilles, qui sortiront de l'eau
pour venir dans ta maison et dans ta chambre à coucher,
et sur ton lit, et chez tes serviteurs, et sur tes proches,
et dans tes fours et dans tes pétrins' (Exode, 8:2-3)
'Et le Seigneur dit à Moïse: 'dis à Aaron de saisir
son bâton et de frapper avec la poussière du pays, afin
que se répandent partout en Egypte des poux' (Exode, 8:16)
'Et les sauterelles envahirent la terre d'Egypte,
et recouvrirent toutes les côtes d'Egypte: elles étaient
très agressives, il n'y en avait jamais eu de semblables
auparavant et il n'y en aura plus de semblables après
elles' (Exode, 10:14)
'Puis les magiciens dirent à Pharaon: "C'est là le
Doigt de Dieu"; et le c¶ur de Pharaon se durcit, et il
ne leur prêta pas l'oreille; ainsi l'avait voulu le Seigneur'
(Exode, 8:19)
Des désastres continuèrent de s'abattre sur Pharaon et
les siens. Certains de ces désastres furent d'ailleurs occasionnés
par des objets qui étaient adorés par les Egyptiens; par
exemple, le fleuve Nil et les grenouilles avaient été déifiés
par eux et, comme ils étaient assimilés à des sources infaillibles
de grands bienfaits, Allah a puni les gens par l'intermédiaire
de ces pseudo-divinités, afin de secouer les consciences
tétanisées.
Selon les exégètes de l'Ancien Testament, le 'sang' désigne
la transformation des eaux du fleuve Nil en cet élément,
ce qui expliquerait la métaphore du Nil devenant rouge vif.
D'après une autre interprétation, c'est une bactérie qui
aurait donné la couleur rouge aux eaux du fleuve.
Le Nil était la principale source de vie pour les Egyptiens.
Toute atteinte portée à ce fleuve pouvait donc entraîner
la mort de l'Egypte entière. Mais si la bactérie avait infesté
le Nil au point qu'il devienne rouge sur toute sa longueur,
alors tout être vivant consommant de l'eau du fleuve aurait
été infecté par la bactérie en question.
De récentes explications pour la coloration rouge de l'eau
ont mis en avant les protozoaires, le zooplancton, le phytoplancton
et les dinoflagellés. Toutes ces diverses floraisons ont
tendance à désoxygéner l'eau et à produire des toxines nocives
à la fois pour les poissons et les grenouilles.
Citant le récit de l'Exode dans la Bible,
Patricia A. Tester, du service des pêches de la Marine Américaine,
a écrit, dans un article publié dans les Annales de l'Académie
des Sciences de New York, qu'un peu moins de 50 espèces
de phytoplancton sur les 5000 espèces connues sont toxiques,
mais que ces espèces toxiques sont dangereuses pour la vie
aquatique. Dans la même publication, Ewen C.D. Todd, du
ministère Canadien de la santé, a cité presque deux douzaines
de phytoplanctons spécifiques ayant causé divers troubles
à travers le monde, en se basant sur des données historiques
et préhistoriques. W.W. Carmichael et I.R. Falconer ont
établi une liste de maladies associées à l'algue d'eau douce
bleu-verte. L'hydro-écologiste Joann M. Burkholder, de l'Université
d'Etat de Caroline du Nord, a décrit une espèce de dinoflagellés,
appelée Pfiesteria piscimorte et trouvée dans les eaux des
estuaires, et qui est capable de tuer des poissons, comme
son nom l'indique (piscimorte). 1
A l'époque de Pharaon, il semble donc que ce genre de calamité
ait bel et bien existé. Selon ce scénario, quand le Nil
fut contaminé, les poissons moururent également et les Egyptiens
perdirent ainsi une abondante source de nourriture. Vu l'absence
de poissons prédateurs, les grenouilles purent alors se
multiplier à une vitesse vertigineuse et le Nil connut alors
une surpopulation relativement à cette espèce; ces grenouilles
cherchèrent probablement à migrer sur la terre ferme pour
échapper à l'environnement aquatique devenu anoxique et
toxique, en voie de putréfaction, mais elles moururent là
et se décomposèrent tout comme les poissons. Le Nil et les
terres adjacentes devinrent de la sorte infects, et l'eau
douce inconsommable. De plus, l'extinction des espèces de
grenouilles a inévitablement entraîné la prolifération d'insectes
tels que les sauterelles et les poux.
Mais peu importe comment ces désastres se sont produits
ou quelles conséquences ils ont entraîné, l'important c'est
que ni Pharaon ni aucun de ses proches ne sont revenus dans
la Voie d'Allah; au contraire, leur arrogance ne fit qu'augmenter.
Pharaon et les siens étaient si hypocrites qu'ils pensaient
pouvoir tromper Musa, et donc Allah, par de fausses promesses,
implorant Musa de les soulager chaque fois qu'un nouveau
malheur s'était abattu sur eux:
"Et quand le châtiment les frappa, ils dirent: 'Ô
Musa, invoque pour nous ton Seigneur en vertu de Sa promesse
envers toi. Si tu éloignes de nous le châtiment, nous
croirons certes en toi et nous laisserons partir avec
toi les Enfants d'Israël'. Et quand nous eûmes éloigné
d'eux le châtiment jusqu'au terme fixé qu'ils devaient
atteindre, voilà qu'ils violèrent l'engagement" (Surah
al-A'raf:134-135)
L'Exode hors d'Egypte
Allah a expliqué à Pharaon et aux siens, par l'intermédiaire
de Musa, ce dont ils devaient avoir conscience, et ainsi furent-ils
avertis. Pour toute réponse, ils se rebellèrent et l'accusèrent
d'être possédé ou d'avoir des ambitions cachées. Allah prépara
une fin humiliante pour eux. Il révéla à Musa ce qui devait
arriver:
"Et Nous révélâmes à Musa: 'Pars de nuit avec Mes
serviteurs, car vous serez poursuivis'. Puis Pharaon envoya
des hérauts dans les villes pour dire: 'Ce sont, en fait,
une bande peu nombreuse, mais ils nous irritent, tandis
que nous sommes tous vigilants'. Ainsi, Nous les fîmes
donc sortir des jardins et des sources, des trésors et
d'un lieu de séjour agréable. Il en fut ainsi! Et Nous
les donnâmes en héritage aux Enfants d'Israël. Au lever
du soleil ils les poursuivirent. Puis, quand les deux
partis se virent, les compagnons de Musa dirent: 'Nous
allons être rattrapés' " (Surah ash-Shu'ara:52-61)
Alors que Pharaon et son armée, sûrs d'eux-mêmes, se rapprochaient
des Enfants d'Israël et que ces derniers pensaient être pris
au piège, Musa s'est écrié, gardant toujours une foi infaillible
dans l'aide d'Allah: "Jamais! Car j'ai avec moi mon Seigneur
qui va me guider!" (Surah ash-Shu'ara:62)C'est à ce moment
qu'Allah sauva Musa et les Enfants d'Israël en ouvrant la
mer. Pharaon et ses hommes furent noyés sous les eaux qui
se refermèrent sur eux après que les Enfants d'Israël eurent
traversé sans dommages:
"Alors Nous révélâmes à Musa: 'Frappe la mer de ton
bâton'. Elle se fendit alors, et chaque versant devint
semblable à une énorme montagne. Nous fîmes approcher
l'autre parti. Et Nous sauvâmes Musa et tous ceux qui
étaient avec lui; ensuite Nous noyâmes les autres. Voilà
bien là un prodige, mais la plupart d'entre eux ne croient
pas. Et ton Seigneur est, en vérité, le Tout-Puissant
et le Tout-Miséricordieux" (Surah ash-Shu'ara:63-68)
Le bâton de Musa était doté de propriétés miraculeuses.
Ainsi Allah l'avait-Il transformé en un serpent lors de
Sa première Révélation à lui, et plus tard ce même bâton
s'était encore transformé en un serpent et avait avalé les
sorcelleries des magiciens de Pharaon. Et maintenant, Musa
divisa la mer après l'avoir frappée avec ce bâton. Ce fut
là l'un des plus grands miracles accordés au Prophète Musa.
| L'Evénement
s'est-il produit sur les côtes Méditerranéennes de
l'Egypte, ou dans la Mer Rouge? |
| Il n'y
a pas unanimité sur le lieu où Musa a divisé la mer.
Puisque aucun détail n'est donné sur ce point dans
le Coran, nous ne possédons pas de certitudes sur
la véracité de telle ou telle hypothèse. Certaines
sources identifient les côtes Egyptiennes avec le
lieu en question. Dans l'Encyclopedica Judaica, il
est dit:
'L'opinion
majoritaire actuelle est d'identifier la Mer Rouge
de l'Exode avec l'un des lagons situés sur les côtes
de la Méditerranée'. 2
David Ben
Gourion a dit que l'événement a pu survenir sous le
règne de Ramsès II, peut-être après la défaite de
Kadesh. Dans le Livre de l'Exode de l'Ancien Testament,
il est dit que l'événement s'est produit à Migdol
et Baal-Zephon, qui sont situées au nord du delta.3
Ce
point de vue s'appuie sur l'Ancien Testament. Dans
les traductions du Livre de l'Exode, il est dit que
Pharaon et ses soldats ont été noyés dans la Mer Rouge.
Mais selon ceux qui soutiennent cette thèse, le terme
traduit sous la forme 'La Mer Rouge' signifie en fait
'La Mer des Roseaux'. De nombreuses sources parlent
de 'Mer Rouge' pour ce terme, et cela sert à identifier
l'emplacement du miracle. Cependant, 'La Mer des Roseaux'
est actuellement utilisée pour désigner la côte Méditerranéenne
de l'Egypte. Dans l'Ancien Testament, les mots Migdol
et Baal-Zephon sont mentionnés quand est évoquée la
route suivie par Musa et les Israélites, et elles
sont situées dans le Delta du Nil, sur la côte Egyptienne.
La Mer des Roseaux signifierait que l'incident se
soit produit sur les côtes Egyptiennes puisque, dans
cette région, les roseaux abondent grâce aux alluvions
du delta.
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